Blaise Cendrars, par Robert Doisneau et Jacques Réda

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Sonnet fondu

Jacques Réda

(sur un portrait photographique de Blaise Cendrars fumant)
Ainsi qu’on voit après les chaleurs le bitume
Travaillé comme un front où l’âge et les soucis
Ont creusé des sillons aux rebords épaissis,
Où le rire a figé des vagues d’amertume,

L’orogenèse est close au visage qu’entament
Dans sa lave, jumeaux, les cratères de ces
Yeux empruntant leur profondeur aux cétacés
Et malins comme ceux d’un vieil hippopotame.

Quels mots oserait-on ajouter là-dessus ?
Les siens ont bourgeonné jusque dans les tissus,
Chaque ride a brodé sur le même grand thème

De la vie avalée à tire-larigot,
Et le pif à lui seul fait le journal intime
D’un prince obscur et d’un illustre mendigot.

Il est juste qu’enfin la face de cet homme
Imite la planète où flâne son  fantôme.

L’âme brûle à travers les cendres du mégot.


Source du sonnet : Formules, n° 12 : Le sonnet contemporain, retour au sonnet  / format PDF

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