Hyacinthe Maglanovich

Prosper Mérimée a débuté dans la littérature par deux supercheries : « Le théâtre de Clara Gazul, comédienne espagnole » (1825) et « La Guzla, ou Choix de poésies illyriques » (1827).

Cette mystification littéraire consiste un recueil de ballades présenté comme la traduction d’une œuvre étrangère dont l’auteur, Hyacinthe Maglanovich, serait un barde morlaque, poète et joueur de guzla. Mérimée, qui se présente comme son traducteur en dresse le portrait et présente, dans une courte notice biographique, les moments clefs d’une vie tourmentée pour donner plus de véracité encore à son canular.

L’époque se prêtait à ce que La Guzla fût acceptée en France mais également dans toute l’Europe  – certains fragments furent même traduits en vers par les plus grands poètes comme Goethe ou  Pouchkine.

Le dévoilement de la supercherie a rapidement ôté toute valeur littéraire à ce recueil. On peut cependant être sensible à ses qualités ; voir sous le pastiche le talent de création du jeune Mérimée ou reconnaître, comme  le fit Goethe, le « talent souple » d’un auteur « qui a pris plaisir à plaisanter gravement.»

Notice sur Hyacinthe Maglanovich

Hyacinthe Maglanovich est presque le seul joueur de guzla que j’aie vu qui fût aussi poète ; car la plupart ne font que répéter d’anciennes chansons, ou tout au plus ne composent que des pastiches, prenant vingt vers d’une ballade, autant d’une autre, et liant le tout au moyen de mauvais vers de leur façon.

Notre poète est né à Zuonigrad, comme il le dit lui-même, dans sa ballade intitulée l’Aubépine de Veliko. Il était fils d’un cordonnier, et ses parents ne semblent pas avoir pris beaucoup de soin de son éducation, car il ne sait ni lire ni écrire. A l’âge de huit ans il fut enlevé par des Tchingénehs ou Bohémiens. Ces gens le menèrent en Bosnie, où ils lui apprirent leurs tours et le convertirent sans peine à l’islamisme, qu’ils professent pour la plupart1. Un ayan ou maire de Livno le tira de leurs mains et le prit à son service, où il passa quelques années.

Il avait quinze ans quand un moine catholique réussit à le convertir au christianisme, au risque de se faire empaler s’il était découvert ; car les Turcs n’encouragent point les travaux des missionnaires. Le jeune Hyacinthe n’eut pas de peine à se décider à quitter un maître assez dur, comme sont la plupart des Bosniaques ; mais, en se sauvant de sa maison, il voulut tirer vengeance de ses mauvais traitements. Profitant d’une nuit orageuse, il sortit de Livno, emportant une pelisse et le sabre de son maître, avec quelques sequins qu’il put dérober. Le moine qui l’avait rebaptisé l’accompagna dans sa fuite, que peut-être il avait conseillée.

De Livno à Scign en Dalmatie il n’y a qu’une douzaine de lieues. Les fugitifs s’y trouvèrent bientôt sous la protection du gouvernement vénitien et à l’abri des poursuites de l’ayan. Ce fut dans cette ville que Maglanovich fit sa première chanson : il célébra sa fuite dans une ballade qui trouva quelques admirateurs et qui commença sa réputation.2

Mais il était sans ressources d’ailleurs pour subsister, et la nature lui avait donné peu de goût pour le travail. Grâce à l’hospitalité morlaque, il vécut quelque temps de la charité des habitants des campagnes, payant son écot en chantant sur la guzla quelque vieille romance qu’il savait par cœur. Bientôt il en composa lui-même pour des mariages et des enterrements, et sut si bien se rendre nécessaire qu’il n’y avait pas de bonne fête si Maglanovich et sa guzla n’en étaient pas.

Il vivait ainsi dans les environs de Scign, se souciant fort peu de ses parents, dont il ignore encore le destin, car il n’a jamais été à Zuonigrad depuis son enlèvement.

A vingt-cinq ans c’était un beau jeune homme, fort, adroit, bon chasseur, et de plus poète et musicien célèbre ; il était bien vu de tout le monde, et surtout des jeunes filles. Celle qu’il préférait se nommait Hélènei et était fille d’un riche Morlaque, nommé Zlarinovich. Il gagna facilement son affection, et, suivant la coutume, il l’enleva. Il avait pour rival une espèce de seigneur du pays, nommé Uglian, lequel eut connaissance de l’enlèvement projeté. Dans les mœurs illyriennes, l’amant dédaigné se console facilement et n’en fait pas plus mauvaise mine à son rival heureux ; mais cet Uglian s’avisa d’être jaloux et voulut mettre obstacle au bonheur de Maglanovich. La nuit de l’enlèvement, il parut accompagné de deux de ses domestiques au moment où Hélène était déjà montée sur un cheval et prête à suivre son amant. Uglian leur cria de s’arrêter d’une voix menaçante. Les deux rivaux étaient armés. Maglanovich tira le premier et tua le seigneur Uglian. S’il avait eu une famille, elle aurait épousé sa querelle, et il n’aurait pas quitté le pays pour si peu de chose ; mais il était sans parents pour l’aider, et il restait seul exposé à la vengeance de toute la famille du mort. Il prit son parti promptement, et s’enfuit avec sa femme dans les montagnes, où il s’associa avec des heiduques.ii

Il vécut longtemps avec eux, et même il fut blessé au visage dans une escarmouche avec les pandoursiii. Enfin, ayant gagné quelque argent d’une manière assez peu catholique, je crois, il quitta les montagnes, acheta des bestiaux, et vint s’établir dans le Kotar avec sa femme et quelques enfants. Sa maison est près de Smocovich, sur le bord d’une petite rivière ou d’un torrent qui se jette dans le lac de Vrana. Sa femme et ses enfants s’occupent de leurs vaches et de leur petite ferme ; mais lui est toujours en voyage ; souvent il va voir ses anciens amis les heiduques, sans toutefois prendre part à leur dangereux métier.

Je l’ai vu à Zara pour la première fois en 1816. J’étais alors grand amateur de la langue illyrique, et je désirais beaucoup entendre un poète en réputation. Mon ami, l’estimable voïvodeiv Nicolas***, avait rencontré à Biograd, où il demeure, Hyacinthe Maglanovich, qu’il connaissait déjà ; et, sachant qu’il allait à Zara, il lui donna une lettre pour moi. Il me disait que, si je voulais en tirer quelque chose, il fallait le faire boire ; car il ne se sentait inspiré que lorsqu’il était à peu près ivre.

Hyacinthe avait alors près de soixante ans. C’est un grand homme, vert et robuste pour son âge, les épaules larges et le cou remarquablement gros. Sa figure prodigieusement basanée, ses yeux petits et un peu relevés à la chinoise, son nez aquilin, assez enflammé par l’usage des liqueurs fortes, sa longue moustache blanche et ses gros sourcils noirs, forment un ensemble que l’on oublie difficilement quand on l’a vu une fois. Ajoutez à cela une longue cicatrice qui s’étend sur le sourcil et sur une partie de la joue. Il est très extraordinaire qu’il n’ait pas perdu l’œil en recevant cette blessure. Sa tête était rasée, suivant l’usage presque général des Morlaques, et il portait un bonnet d’agneau noir : ses vêtements étaient assez vieux, mais encore très propres.

En entrant dans ma chambre, il me donna la lettre du voïvode et s’assit sans cérémonie. Quand j’eus fini de lire : « Vous parlez donc l’illyique ? » me dit-il avec un air de doute assez méprisant. Je lui répondis sur-le-champ dans cette langue que je l’entendais assez bien pour pouvoir apprécier ses chansons, qui m’avaient été extrêmement vantées. « Bien, bien, dit-il ; mais j’ai faim et soif : je chanterai quand je serai rassasié. » Nous dînâmes ensemble. Il me semblait qu’il avait jeûné quatre jours au moins, tant il mangeait avec avidité. Suivant l’avis du voïvode, j’eus soin de le faire boire, et mes amis, qui étaient venus nous tenir compagnie sur le bruit de son arrivée, remplissaient son verre à chaque instant. Nous espérions que, quand cette faim et cette soif si extraordinaires seraient apaisées, notre homme voudrait bien nous faire entendre quelques-uns de ses chants. Mais notre attente fut bien trompée. Tout d’un coup il se leva de table, et, se laissant tomber sur un tapis près du feu (nous étions en décembre), il s’endormit en moins de cinq minutes, sans qu’il y eût moyen de le réveiller.

Je fus plus heureux une autre fois : j’eus soin de le faire boire seulement assez pour l’animer, et alors il nous chanta plusieurs des ballades que l’on trouvera dans ce recueil. Sa voix a dû être fort belle ; mais alors elle était un peu cassée. Quand il chantait sur sa guzla, ses yeux s’animaient, et sa figure prenait une expression de beauté sauvage qu’un peintre aimerait à exprimer sur la toile.

Il me quitta d’une façon étrange : il demeurait depuis cinq jours chez moi, quand un matin il sortit, et je l’attendis inutilement jusqu’au soir. J’appris qu’il avait quitté Zara pour retourner chez lui ; mais en même temps je m’aperçus qu’il me manquait une paire de pistolets anglais qui, avant son départ précipité, étaient pendus dans ma chambre. Je dois dire à sa louange qu’il aurait pu emporter également ma bourse et une montre d’or qui valaient dix fois plus que les pistolets.

En 1817, je passai deux jours dans sa maison, où il me reçut avec toutes les marques de la joie la plus vive. Sa femme et tous ses enfants et petits-enfants me sautèrent au cou : et quand je le quittai, son fils aîné me servit de guide dans les montagnes pendant plusieurs jours, sans qu’il me fût possible de lui faire accepter une récompense.

Notes

Tous ces détails m’ont été donnés en 1817 par Maglanovich lui-même.

J’ai fait de vains efforts pour me la procurer. Maglanovich lui-même l’avait oubliée, ou peut-être eut-il honte de me réciter son premier essai poétique.

« Marie » dans la version de 1827

iiHeiduque : dans le texte a le sens de pillard, de bandit. Orthographe actuelle Haïdouk ou encore Haïduk.

iii Soldat hongrois qui appartenait à des corps francs dont les excès amenèrent leur incorporation dans des troupes régulières (cnrtl), Par analogie et dans un sens péjoratif désigne un soldat brutal,

iv Chef militaire; souverain ou éminent personnage de l’administration dans les pays slaves, notamment ceux de la péninsule balkanique soumis à la domination ottomane. (cnrtl)

*

> Présentation du texte, préface de 1827, avertissement de 1840 et courte notice biographique sur Hyacinthe Maglanovich, le barde morlaque par Prosper Mérimée. Fichier PDF ou  ODT.

> La Guzla en différents formats sur archive.org
https://archive.org/details/laguzlaouchoixde00mruoft

> De Mérimée à Claude Simon, cinq histoires de canulars littéraires, France-Culture : 
https://www.franceculture.fr/litterature/cinq-histoires-canulars-litteraires

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Jadin, jeune chanteuse demi-mondaine

En 1906, à l’age de trente trois ans Colette devint une artiste de music-hall. Après s’être libérée de la contrainte de Willy son premier mari, et pour subvenir à ses besoins, elle exerça les métiers de mime et de danseuse jusqu’en 1912.

De cette carrière de pantomime, la postérité a retenu le scandale qui entoura certaines représentations comme le « Rêve d’Egypte » – étreinte sur scène avec l’ex-marquise de Belbeuf, son amante –, ou encore « La Chair » où Colette dévoilait un sein nu.

Colette

Colette dans « Le rêve d’Egypte ». Des photographies de Colette dans les albums Reutlinger : volume 53 et  volume 55

La Vagabonde, roman presque totalement autobiographique, décrit le milieu des revues parisiennes. La narratrice du roman, Renée Néré, est proche de Colette a bien des égards, et l’on retrouve dans le personnage de Brague, Georges Wague, le célèbre mime de l’Opéra de Paris dont Colette fut l’élève. Le personnage de Jadin est le prototype de la  jeune chanteuse demi-mondaine.

*

Grouille-toî ! bon Dieu, grouille-toi ! Jadin n’est pas là !

Comment, pas là ? elle est malade ?

Malade ? Oui ! en bombe !… C’est le même coup pour nous : nous passons vingt minutes plus tôt !

Brague, le mime, vient de surgir de sa cellule sur mon passage, effrayant sous son fond de teint kaki, et je cours vers ma loge, consternée a l’idée que je pourrais, pour la première fois de ma vie, être en retard…

Jadin n’est pas là ! Je me hâte, en tremblant d’énervement. C’est qu’il ne badine pas, notre public de quartier, surtout à la matinée du dimanche ! Si nous le laissons, comme dit notre régisseur-belluaire, « avoir faim » cinq minutes entre deux numéros, les hurlements, les bouts de mégots, les peaux d’oranges partiront tout seuls…

Jadin n’est pas là… Il fallait s’attendre à çà, un de ces jours.

Jadin est une petite chanteuse, si novice au concert, qu’elle n’a pas eu le temps encore d’oxygéner ses cheveux châtains ; elle n’a fait qu’un saut du boulevard extérieur sur la scène, estomaquée de gagner, en chantant, deux cent dix francs par mois. Elle a dix-huit ans. La chance (?) l’a saisie sans énagement, et ses coudes défensifs, toute sa personne têtue penchée en gargouille, semblent parer les coups d’un destin fumiste et brutal.

Elle chante en cousette et en goualeuse des rues, sans penser qu’on peut chanter autrement. Elle force ingénument son contralto râpeux et prenant, ui va si bien à sa figure jeune d’apache rose et boudeuse. Telle qu’elle est, avec sa robe trop longue, achetée n’importe où, ses cheveux châtains pas même ondulés, son épaule de biais qui a l’air de tirer encore le panier de linge, le duvet de sa lèvre tout blanc d’une poudre grossière, — le public l’adore. La directrice lui promet, pour la saison prochaine, le « lumineux » et une seconde vedette, — on verra après pour l’augmentation. Jadin, en scène, rayonne et jubile. Elle reconnaît, tous les soirs, dans le public des secondes galeries, quelque compagnon d’enfantine vadrouille et ne résiste point, pour le saluer, à couper sa rengaine sentimentale par un joyeux coup de gueule, un rire aigu d’écolière, voire une « basane » bien claquée sur la cuisse…

C’est elle qui manque aujourd’hui au programme. Dans une demi-heure, ils vont tempêter dans la salle et crier : «Jadin ! Jadin !» et taper des galoches,et sonner sur les verres avec leurs cuillers à mazagrans…

Cela devait arriver. Jadin, dit-on, n’est pas malade, et notre régisseur ronchonne :

Pensez- vous qu’elle est grippée ! Elle a tombé en travers d’un pieu ! On y met un talbin en compresse ! Sans quoi, elle aurait prévenu…

Jadin a trouvé un gourmet qui n’est pas du quartier. Il faut vivre… Elle vivait, pourtant, avec l’un, avec l’autre, avec tout le monde… Reverrai-je sa petite silhouette de gargouille, coiffée jusqu’aux sourcils d’un des calots « à la mode » qu’elle fabriquait elle-même ? Hier soir encore, elle avançait dans ma loge un museau mal poudré pour me montrer sa dernière création : une toque en lapin « genre renard blanc », trop étroite, qui rabattait de chaque côté les petites oreilles de Jadin, toutes roses…

On croirait Attila tout craché, lui disait Brague, très sérieux.

Jadin est partie… Le long couloir, foré de logettes carrées, bourdonne et ricane : il paraît que tout le monde flairait cette fugue, sauf moi… Bouty, le petit comique qui chante les Dranem, se promène devant ma loge, grimé en anthropoïde, un verre de lait à la main, et je l’entends prophétiser :

C’était couru ! Moi, j’y donnais encore cinq, six jours, peut-être un mois, à Jadin ! La patronne doit faire une gueule… Mais c’est pas encore ça qui la décidera à augmenter les artistes qui remontent une maison… Retenez ce que je vous dis ! on la reverra, Jadin : c’est une escursion, pas plus. C’est une fille qui a son genre de vie, elle saura jamais garder un miché…

*

  • Le texte en ligne : archive.org –

https://archive.org/stream/lavagabonderoman00cole#page/16/mode/2up

  • Les amis de Colette. 

La Vagabonde 
> http://www.amisdecolette.fr/la-vagabonde/

Colette sur scène
> http://www.amisdecolette.fr/colette-sur-scene/

  • Blog « Orion en aéroplane ».

Colette (presque) toute nue

> http://peccadille.net/2013/10/16/colette-presque-toute-nue/

15.360 clichés des demi-mondaines à découvrir sur Gallica, les albums Reutlinger numérisés

http://peccadille.net/2013/09/23/15-360-cliches-des-demi-mondaines-a-decouvrir-sur-gallica-les-albums-reutlinger-numerises/

Des photographies de Colette dans les albums Reutlinger : volume 53 et  volume 55

  • Le Figaro – Vendredi 4 janvier 1907.

Gallica : > http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2875918/f1.item.zoom

Scandale au Moulin-Rouge en 1907 : Colette y embrasse goulûment son amante. Par Marie-Aude Bonniel.

> http://www.lefigaro.fr/histoire/archives

  • Université du Québec – Montréal.

Démystification et réhabilitation des héroïnes de music-hall chez Colette.

> http://www.archipel.uqam.ca/2873/1/M9360.pdf

  • Persée

Danielle Haase . Colette : L’une et l’autre. In: Les Cahiers du GRIF, n°39, 1988. recluses vagabondes. pp. 55-68.

> www.persee.fr/doc/grif_0770-6081_1988_num_39_1_1770

  • Presses universitaires de Rennes

Julia Kristeva. De Claudine à Sido : Colette ou la chair du monde, In : Notre Colette. Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2004 :

> http://books.openedition.org/pur/29598

  • Université du Maine – Le Mans.

L’Autofiction dans l’œuvre de Colette – doctorat de littérature française / Stéphanie Michineau.

> http://cyberdoc.univ-lemans.fr/theses/2007/2007LEMA3001.pdf

Francis Ponge & Jules Romains

Qualité de Jules Romains

D’un sexe très défini, ni grec ni latin, masculin, français, mois populaire que montagnard.
Moins gaulois que Rabelais, moins parisien que Molière, moins bourgeois que Flaubert, un peu plus sentimental que ceux-là.
Il parle à haute voix dans un air léger de montagne. Il tient à la terre par les pieds. Il n’est pas soucieux.
Sa demeure aux générations est une anfractuosité d’un confortable nature.
Frère jovial, aîné qui tient du père !

*

Extrait de  » Deux textes sur Jules Romains » . Nrf/Gallimard

Le cœur c’est pour l’amour

Une série de portraits réalisée au « Clos Fleuri » de Donnemarie-Dontilly par le collectif Faux amis (Lucie Pastureau, Lionel Pralus, Hortense Vinet). Les photographies des résidents de la maison de retraite ont été réalisées sur une période de deux ans.

Portrait de M. Le Foll, ancien motard acrobate dans la gendarmerie par  le Collectif Faux amis .Voir aussi le studio Hans Lucas

Collectif Faux Amis –  http://fauxamis.net/

Studio Hans Lucas : http://www.hanslucas.com/hanslucas

Mademoiselle de Plémeur

C’est en puisant dans les différents modèles chevaleresques, en se les appropriant, que l’individu chez Montherlant doit s’affirmer, se démarquer et sculpter son être. Si son action est vouée à l’échec, le « chevalier du néant » reste pour l’auteur un modèle d’élégance, à en juger par l’attention qu’il porte à l’éventail du samouraï, à la musculature de l’athlète ou aux passes du torero. La réhabilitation de l’épique passe paradoxalement par la valorisation de la défaite. C’est dans la défense de causes perdues que s’affirme finalement l’héroïsme de l’écrivain.

Marie Sorel

Mademoiselle de Plémeur, championne du « trois cents »

 Henry de MONTHERLANT

Extrait de « Les Olympiques »

Dans ce texte, Montherlant prend la défense de l’athlétisme féminin. A mentionner également deux poèmes :  » Le chant des jeunes filles à l’approche de la nuit    » et  »  A une jeune fille victorieuse dans la course de mille mètres « .

*

     J’ai rencontré dans les stades féminins quelques jeunes filles, extrêmes fleurs de ces familles de noblesse bretonne où se perpétue depuis des siècles un esprit d’indépendance et de fronde. Ces filles faisaient de l’athlétisme comme leurs frères de la politique de gauche. Elles jetaient dans ce qui était pour elles une infraction toutes les richesses, toutes les âcretés d’un vieux sang.

     Quand je connus Mademoiselle de Plémeur, elle était la gloire de son club : championne du « trois cents mètres », et imbattable alors en France sur ce parcours. D’ailleurs profondément artiste du sport, inégale, fantasque, prompte au découragement comme à la griserie, et si excentrique de manières que,  n’eût été sa valeur,   on l’eût écartée du club comme « impossible ».

     Elle avait vingt-quatre ans : c’est l’arrière saison pour une jeune fille. Ses belles formes – si longues – passaient assez inaperçues, par manque peut-être d’un certain piquant qui tient lieu de tout à nos Français ; peut-être surtout parce qu’elle s’habillait en chien savant. De visage, elle ne valait pas d’être regardée (mais qu’un visage est pauvre auprès d’un corps !). L’acte athlétique la transfigurait. Elle s’y échappait dans une humanité accomplie.

     Son frère était spahi en Afrique, après s’être fait prendre un jour dans une mauvaise histoire, quand le vieux M. de Plémeur vint sangloter chez le commissaire, qui laissa sur le banc des souteneurs cette proie à particule ; et les agents se retournaient pour ricaner : pensez donc, un vicomte ! Elle, nous savions vaguement qu’elle avait, par coup de tête, par excès d’ennui, quitté le hobereau qui noyait sous l’alcool, au fond d’un manoir crasseux près de Morlaix, l’angoisse de reconnaître peu à peu qu’on devient pauvre. Elle avait horreur du « monde » et vivait dans une petite pension, rabattant sur le domaine paternel, à ce qu’on disait, tous ceux qui se ventrent avec les maisons qui déclinent. Et parfois, quand le jeu cessait de mettre sur sa face un beau masque de ménade-vierge, j’avais cru y lire cette tristesse, croisée chaque jour dans la rue, et chaque jour avec une même pitié : « Il est possible que je ne me marie pas. »

     Me trompé-je ? Mais le sport, comme la religion, est quelquefois un dérivatif. J’ai vu des garçons et des jeunes filles comprendre la victoire de leur corps comme un moyen de se redonner confiance, de balancer quelque impuissance ou quelque échec de la vie quotidienne : timidité, déboires, humiliation sociale. Nouvelle idole et nouvelle illusion.

     Un jour, Mademoiselle de Plémeur, à la surprise de tous, se fit largement battre dans son trois cents mètres, par manque de « pointe » finale. Elle accepta la défaite avec cette loyauté sportive si méritoire dans un génie féminin. Mais, sans avoir dit au revoir à quiconque, elle cessa de venir au stade, ne donna plus de ses nouvelles, et ce fut, par hasard que nous apprîmes, après quelque temps, qu’elle était retournée à Morlaix.

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Frida Kahlo : Autoportrait aux cheveux coupés

Dans Autorretrato con Pelo Cortado (1940), Frida Kahlo se présente sous les traits d’un être androgyne. Réflexion féministe de l’artiste sur le genre et l’ambiguïté sexuelle, ce tableau appartient aux nombreux autoportraits qui révèlent une analyse du statut et de la condition des femmes de son époque. Cette œuvre manifeste reflète aussi la résistance de l’artiste face aux lois patriarcales du Mexique des années 1930-1950.

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À travers l’analyse d’une œuvre de Frida Kahlo, Autorretrato con Pelo Cortado (« Autoportrait aux Cheveux Coupés »), datée de 1940, nous nous proposons d’extraire la réflexion féministe de l’artiste sur le genre et l’ambiguïté sexuelle. Avec ses nombreux autoportraits, l’artiste nous a livré une fine analyse du statut et de la condition des femmes de son époque. En tant que femme artiste et femme d’artiste, Kahlo a toute sa vie cherché sa place socialement et professionnellement. Elle a mené une œuvre dichotomique et pertinente quant aux relations hommes-femmes. Son visage et son corps sont progressivement devenus les instruments de sa critique. Autorretrato con Pelo Cortado atteint un haut degré critique, l’œuvre joue sur les complexités de la personnalité de Kahlo. En cela, elle nous apparaît être une œuvre manifeste reflétant la résistance de l’artiste face aux lois patriarcales du Mexique des années 1930-1950.

>  Julie Crenn, « Ahora que Estas Pelona. Frida Kahlo : l’Ambigüité du genre », Clio. Femmes, Genre, Histoire , 36 | 2012. http://clio.revues.org/10836  ; DOI : 10.4000/clio.10836

>  Une femme peintre / Représentation de « femme », de la femme – (autoportrait) http://lewebpedagogique.com/hdalesegrais/espagnol/

FRIDA KAHLO

Les autoportraits de Frida Kahlo révèlent une analyse du statut et de la condition des femmes dans le Mexique des années 1930-1950.

A voir sur le blog « le chevalier à la licorne », de nombreux exemples de l’art de Frida Kahlo.

le chevalier à la licorne

Autoportrait, le cadre, 1938Frida_Kahlo,_June_15,_1919Mes grands-parents, mes parents et moi, 1936

Frida et sa famille.

Frida Kahlo *gelatin silver print *Oct. 16 / 1932Autoportrait dédié au docteur Eloesser, 1940

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Autoportrait avec les cheveux lâchés, 1947

Portrait de mon père, 1951Son papa, qui était photographe.

Frida-KahloLe bus, 1929l'accidentL’accident d’autocar de 1925. Celui qui lui brisa la colonne vertébrale à jamais… et l’obligea à subir de nombreuses interventions chirurgicales et à vivre couchée (ou en fauteuil roulant) la moitié du reste de sa vie.
Elle n’a que 22 ans cette année-là. Elle va seulement commencer à peindre.
Beaucoup de ses peintures, elle les fera allongée, dans son lit.frida-kahlo peignantLa colonne brisée, 1944frida_1946_2le cerf blessé, 1946Le rêve, le lit, 1940museo-casa-estudio-frida-diego-3Le marxisme va guérir la maladie, 1954Sans espoir, 1945frida_1951_lgAutoportrait avec le portrait du docteur Farill, 1951Son médecin et meilleur allié, le Dr. Farill.

bc000180-20e3-4d91-8d22-56458cbb63d6-1820x2040

Diego et moi, 1949Et puis il y a l’impressionnant Diego Rivera, le fameux élu de son coeur.
Celui qu’elle aimera plus que tout et qui la fera pourtant souffrir de son infidélité, plus encore que tout le reste.022-frida-kahlo-and-diego-rivera-theredlistFrida et Diego Rivera, 19313a42834vQuelques petits coups de poignard, passionnément amoureux, 1935frida et diego photoL'étreinte amoureuse de l'univers, la terre de Mexico, moi, Diego et M. Xólotl, 1949Munkacsi, kahlo et riveraAutoportrait en tehuana, 19431350062052-1950---hopital-abcHenry Ford Hospital, le lit volant, 1932Ils conçurent un enfant ensemble… mais Frida fit une fausse couche.
Elle conserva le foetus de son enfant, incapable de s’en séparer. Elle avait perdu une raison de vivre de plus.

frida_1954Elle est morte à 47 ans, en…

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