Mr and Mrs Andrews, par Thomas Gainsborough

Mr and Mrs Andrews, par Thomas Gainsborough (vers 1750). Huile sur toile 69.08 cm × 119.04 cm National Gallery, Londres.

L’une des plus célèbres toiles de Gainsborough, l’exemple type d’une catégorie de tableau  qui mêle le portrait de groupe, le paysage et la scène de genre. La conversation piece ou « scène de conversation » se répand en Angleterre et connaît un grand succès durant le XVIIIe siècle.  Le genre prend sans doute ses origines dès le XVe siècle en Flandres puis se développe au Pays bas durant le XVIIe siècle ( Pieter de Hooch, Rembrandt, Pierre-Paul Rubens, Adriaen van Ostade, Gabriel Metsu…). Peu connue en France, la conversation piece a cependant été influencée  par des peintres comme Antoine Watteau ou Nicolas de Largillière.

« On a reproché à Gainsborough dans ses premiers tableaux de peindre les gens comme des poupées de porcelaine ou des marionnettes. Mais peut-être est-ce aussi une façon de voir ses clients de petite noblesse, avec leur raideur, leur morgue et leur relative artificialité. Il est vrai que ces deux personnages ne sont pas très sympathiques. »  Alain Jaubert.

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« À la fin du XVIIIe siècle. et pendant tout le XIXe, la scène de conversation se répandit dans tous les pays européens et jusqu’aux États-Unis, mais la précision quasi photographique des groupes en était un signe de déclin. C’est paradoxalement en France avec Vincent (la Famille Boyer-Fonfrède, Versailles), Boilly (la Famille Gohin, 1787, Paris, musée des Arts décoratifs), Gauffier et surtout dans les dessins d’Ingres (la Famille de Lucien Bonaparte, Cambridge [Mass.], Fogg Art Museum ; la Famille Stamaty, la Famille Forestier, Louvre ; la Famille Lethière, Boston, M. F. A.) que le genre se maintint avec toute la spontanéité et le naturel qu’avaient su lui conférer les artistes anglais du XVIIIe. »  Conversation piece – Larousse : http://www.larousse.fr/encyclopedie/peinture/conversation_piece/151676

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Vivant Denon, par Robert Lefevre

 Le Baron Dominique Vivant Denon
Robert LEFEVRE (1755 – 1830)

Dans ce portrait officiel, exécuté en 1808, Vivant Denon feuillette le recueil de gravures exécutées par Jean Pesne où est reproduit l’essentiel de l’œuvre du  peintre Poussin. L’abondance des portraits et autoportraits de Vivant Denon en fait l’un des personnages les plus représentés de son temps.

Proche de Bonaparte qu’il accompagna en Egypte, Vivant Denon fut nommé par le Premier consul directeur général du musée central des Arts, c’est-à-dire du Louvre, musée où furent rassemblé les œuvres d’art pillées par les armées françaises dans les pays d’Europe.

Dans ce tableau d’Alexandre-Évariste Fragonard, exécuté vers 1811, Vivant Denon, remet dans leur tombeau, violé par les armées françaises durant la guerre d’Espagne, les ossements du Cid et de Chimène.

> Le baron Dominique Vivant Denon par Robert Lefevre –  Barthélemy Jobert et Pascal Torrès -L’Histoire par l’image : https://www.histoire-image.org/etudes/baron-dominique-vivant-denon

> Dominique Vivant Denon : https://fr.wikipedia.org/wiki/Dominique_Vivant_Denon

> Musée Denon, les multiples  visages  de  Vivant Denon – 28 mai/29 août 2011- http://www.musees-bourgogne.org/fic_bdd/museesactus_fichier_pdf/1307543249.pdf

> Vivant Denon : portrait. Par Corinne Amar – Fondation la Poste http://www.fondationlaposte.org/article.php3?id_article=1359

Emile Bertrand – Autoportrait symbolique

Émile Bernard (1868-1941)
Autoportrait symbolique – 1891 (détail)
Huile sur toile
H. 81 ; L. 60,5 cm. Paris, musée d’Orsay

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De 1886 à 1941, Emile Bernard peignit une série d’autoportraits reflets de l’évolution de son style et des crises profondes qu’il traversa sur le plan artistique et personnel.

Commentaire de l’œuvre, musée d’Orsay

Émile Bernard : portrait par Corinne Amarn, fondation La Poste

L’exposition  Autoportraits du musée d’Orsay  se tient jusqu’au 2 octobre au musée des beaux-arts de Quimper. Elle présente des œuvres qui abordent des  courants de la peinture contemporaine (romantisme, réalisme, impressionnisme, cloisonnisme, nabisme, naturalisme ou encore symbolisme).

Portraits croisés : La Rochefoucauld & le Cardinal de Retz

Lire l’analyse de ces deux textes par Monique Kantorow  : Portraits croisés : La Rochefoucauld, Cardinal de Retz 

Portrait du Cardinal de Retz par La Rochefoucauld

Cardinal de Retz - attribué à Pierre Mignard

Cardinal de Retz – attribué à Pierre Mignard (1612-1695)

Paul de Gondi, cardinal de Retz, a beaucoup d’élévation, d’étendue d’esprit, et plus d’ostentation que de vraie grandeur de courage. Il a une mémoire extraordinaire, plus de force que de politesse dans ses paroles, l’humeur facile, de la docilité et de la faiblesse à souffrir les plaintes et les reproches de ses amis, peu de piété, quelques apparences de religion. Il paraît ambitieux sans l’être ; la vanité, et ceux qui l’ont conduit, lui ont fait entreprendre de grandes choses, presque toutes opposées à sa profession ; il a suscité les plus grands désordres de l’État, sans avoir un dessein formé de s’en prévaloir, et bien loin de se déclarer ennemi de cardinal Mazarin pour occuper sa place, il n’a pensé qu’à lui paraître redoutable, et à se flatter de la fausse vanité de lui être opposé. Il a su néanmoins profiter avec habilité des malheurs publics pour se faire cardinal ; il a souffert la prison avec fermeté, et n’a dû sa liberté qu’à sa hardiesse. La paresse l’a soutenu avec gloire, durant plusieurs années, dans l’obscurité d’une vie errante et cachée. Il a conservé l’archevêché de Paris contre la puissance du cardinal Mazarin ; mais après la mort de ce ministre, il s’en est démis sans connaître ce qu’il faisait, et sans prendre cette conjoncture pour ménager les intérêts de ses amis et les siens propres. Il est entré dans divers conclaves, et sa conduite a toujours augmenté sa réputation. Sa pente naturelle est l’oisiveté ; il travaille néanmoins avec activité dans les affaires qui le pressent, et il se repose avec nonchalance quand elles sont finies. Il a une présence d’esprit, et il sait tellement tourner à son avantage les occasions que la fortune lui offre, qu’il semble qu’il les ait prévues et désirées. Il aime à raconter ; il veut éblouir indifféremment tous ceux qui l’écoutent par des aventures extraordinaires, et souvent son imagination lui fournit plus que sa mémoire. Il est faux dans la plupart de ses qualités, et ce qui a le plus contribué à sa réputation c’est de savoir donner un beau jour à ses défauts. Il est insensible à la haine et à l’amitié, quelque soin qu’il ait pris de paraître occupé de l’une ou de l’autre ; il est incapable d’envie ni d’avarice, soit par vertu, ou par inapplication. Il a plus emprunté de ses amis qu’un particulier ne pouvait espérer de leur pouvoir rendre ; il a senti de la vanité à trouver tant de crédit, et à entreprendre de s’acquitter. Il n’a point de goût ni de délicatesse ; il s’amuse à tout et ne se plaît à rien ; il évite avec adresse de laisser pénétrer qu’il n’a qu’une légère connaissance de toutes choses. La retraite qu’il vient de faire est la plus éclatante et la plus fausse action de sa vie ; c’est un sacrifice qu’il fait à son orgueil, sous prétexte de dévotion : il quitte la cour, où il ne peut s’attacher, et il s’éloigne du monde, qui s’éloigne de lui.

Texte figurant comme préface dans les Mémoires  du cardinal de Retz

Portrait de La Rochefoucauld par le Cardinal de Retz.

La Rochefoucauld par Théodore Chassériau (1819–1856)

Il y a toujours eu du je ne sais quoi en tout M. de La Rochefoucauld. Il a voulu se mêler d’intrigue, dès son enfance, et dans un temps où il ne sentait pas les petits intérêts, qui n’ont jamais été son faible ; et où il ne connaissait pas les grands, qui, d’un autre sens, n’ont pas été  son  fort.  Il  n’a  jamais  été  capable  d’aucune  affaire,  et  je  ne  sais  pourquoi ;  car il avait des  qualités  qui  eussent  suppléé,  en  tout  autre,  celles  qu’il  n’avait  pas.  Sa  vue  n’était  pas assez étendue, et il ne voyait pas même tout ensemble ce qui était à sa portée ; mais son bon sens, et très-bon dans la spéculation, joint à sa douceur, à son insinuation et à sa facilité de mœurs, qui est admirable, devait récompenser plus qu’il n’a fait le défaut de sa pénétration.

Il  a  toujours  eu  une  irrésolution  habituelle ;  mais  je  ne  sais  même  à  quoi  attribuer  cette irrésolution. Elle n’a pu venir en lui de la fécondité de son imagination, qui n’est rien moins que  vive.  Je  ne  la  puis  donner  à  la  stérilité  de  son  jugement ;  car,  quoiqu’il  ne  l’ait  pas exquis dans l’action, il a un bon fonds de raison. Nous voyons les effets de cette irrésolution, quoique  nous  n’en  connaissions  pas  la  cause.  Il  n’a  jamais  été  guerrier,  quoiqu’il  fût  très-soldat.  Il  n’a  jamais  été,  par  lui-même,  bon  courtisan,  quoiqu’il  ait  eu  toujours  bonne intention  de  l’être.  Il  n’a  jamais  été  bon  homme  de  parti,  quoique  toute  sa  vie  il  y  ait  été engagé.  Cet  air  de  honte  et  de  timidité  que  vous  lui  voyez  dans  la  vie  civile  s’était  tourné, dans  les  affaires,  en  air  d’apologie.  Il  croyait  toujours  en  avoir  besoin,  ce  qui,  joint  à  ses maximes , qui ne marquent pas assez de foi en la vertu, et à sa pratique, qui a toujours été de chercher  à  sortir  des  affaires  avec  autant  d’impatience  qu’il  y  était  entré,  me  fait  conclure qu’il  eût  beaucoup  mieux  fait  de  se  connoître  et  de  se  réduire  à  passer,  comme  il  l’eût  pu, pour le courtisan le plus poli qui eût paru dans son siècle.

> Mémoires  du cardinal de Retz, extrait de  sa  » galerie où les figures vous paraîtront dans leur étendue, et où je vous présenterai les tableaux des personnages que vous verrez plus avant dans l’action. Vous jugerez, par les traits particuliers que vous pourrez remarquer dans la suite, si j’en ai bien pris l’idée. »

 

Quimper : « autoportraits du musée d’Orsay »

L’exposition  Autoportraits du musée d’Orsay  se tient jusqu’au 2 octobre au musée des beaux-arts de Quimper. Elle présente des œuvres qui abordent des  courants de la peinture contemporaine (romantisme, réalisme, impressionnisme, cloisonnisme, nabisme, naturalisme ou encore symbolisme).

La question de l’autoportrait

 » Exercice d’introspection, l’autoportrait met en jeu depuis la Renaissance la vision de l’artiste par lui-même. Au-delà de sa propre image et de l’utilisation de son visage comme modèle premier, le peintre s’interroge sur son art et sa place dans la société.
Au XIXe siècle, période de bouleversements esthétiques et de rejet de l’académisme, l’autoportrait fait parfois office de manifeste et permet de revendiquer une manière de peindre ou un positionnement à l’égard de la tradition. Certains peintres comme Courbet mettent en avant l’image de l’artiste dans son atelier et affirment par ce biais la reconnaissance de leurs œuvres. D’autres, comme Carpeaux, Redon, Gauguin ou Cézanne mêlent subtilement quête picturale et observation psychologique.
La seconde moitié du XIXe siècle est marquée par l’essor des sciences humaines et la découverte progressive de la psychologie : à des jeux de mise en scène, succèdent de véritables introspections. Leur profondeur trouve un aboutissement dans des démarches comme celle de Van Gogh qui livre à travers les représentations successives de lui-même un véritable récit autobiographique. Au-delà de la dimension sociale déterminante pour le réalisme, une plus grande subjectivité se fait jour, questionnant l’ambiguïté ente le « je » de l’artiste se livrant à l’exercice de l’autoportrait et sa personnalité propre. » (extrait du Journal de l’exposition)

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> Présentation de l’exposition au musée de Quimper.

> Le dépliant de l’exposition : la programmation (pdf)

> Le dépliant du contenu de visite de l’exposition (pdf)

Catalogue d’exposition: Autoportraits. Chefs d’œuvre de la collection du musée d’Orsay
Musée d’Orsay / Flammarion – 25 €